o Pourquoi un refuge à Avala ?
Patrick Sacco a reçu un jour des coupures de presse de la part de Christine Bourdon, une grande dame impliquée dans la protection des animaux depuis des années....
Des photos d'animaux squelettiques dans la capitale serbe... les articles joints relataient ce qui s'y passait : 100.000 chiens à Belgrade ; attrapés par la fourrière, c'était leur dernier voyage.... A une vingtaine de chiens dans une petite cage de 1 m2, une semaine sans boire et sans manger précédait selon le journaliste leur "euthanasie" à coups de barre de fer...
Il s'est dit que ce n'était pas possible, Patrick Sacco... Il a cru à une exagération de journaliste pour attirer le lecteur... Alors il est allé voir...
Il a vu...
Lorsqu'il est rentré en France, il ne pouvait oublier les regards de ces animaux entassés promis à une mort atroce... il n'est pas du genre à rentrer chez lui et à oublier, Patrick Sacco...
Alors il a décidé de changer les choses... Et c'est ce qu'il fait...
Fourrière d’Ovca près de Belgrade...>>>
Ceux qui entrent là n'en ressortiront pas !
o L'historique du refuge par Patrick Sacco :
Une première étape : Lors du premier voyage à Belgrade en avril 98, grâce à l’aide de quelques bonneS volontés (dons de médicaments, de nourriture, de vêtements, de colliers et laisses, d’argent, etc…), l’aventure commençait ; d’autres personnes se sont joints à nous en cours de route, nous encourageant par leurs lettres de sympathie à continuer malgré les difficultés rencontrées.
Nous avons réussi à trouver des solutions provisoires pour résoudre les urgences rencontrées au refuge d’AVALA : achat de nourriture (croquettes et viande séchée) pour accompagner l’éternelle semoule de maïs, achat de niches robustes adaptées aux rigueurs des hivers yougoslaves, réparations d’urgence (électricité, eau, etc…) achat de médicaments.Dans un second temps, nous avons alors essayé de mettre en place les structures indispensables à un fonctionnement minima dans le long terme. Notre objectif à atteindre visait 3 priorités vitales :
o Suppression du système de fourrière où les chiens capturés attendaient la mort une semaine durant sans eau ni nourriture
o Remise en état et approvisionnement régulier du refuge d’AVALA où le nombre de chiens oscille entre 300 et 600.
o Et surtout, mise en place d’une campagne de stérilisation pour les chiens de « l’asylum » et les chiens «sans maître» de la capitale.
Ces trois priorités ont commencé à se concrétiser début 99, nous laissant espérer pour les mois à venir des améliorations sensibles. En février 99, grâce au soutien officiel de la Fondation BOURDON et de la Fondation BARDOT, j’avais même réussi à obtenir la promesse du vice ministre de l’Agriculture que les chiens sans maître de Belgrade pourraient, une fois stérilisés, tatoués et vaccinés, vivre libres et protégés dans les rues de la capitale serbe. Première victoire !
Hélas, un mois plus tard, les premières bombes de l’OTAN ensanglantaient BELGRADE, taillant dans la chair et le cœur des serbes des blessures si tenaces que bien des années ne suffiront pas à les refermer complètement. Bien évidemment, les relations officielles France-Yougoslavie étaient rompues et le travail d’une année était détruit.De nouveau, il fallait dans l’urgence apporter les premiers secours –tâche encore plus difficile que l’année précédente- car d’une part ceux qui oeuvraient auparavant en faveur des animaux étaient eux aussi dans le besoin et d’autre part, l’image de marque de la France, nation amie, était quelque peu ternie. Le refuge d’AVALA a été plusieurs fois touché en sa périphérie par les bombes, provoquant des dégâts matériels et la mort de 5 chiens. L’approvisionnement en eau et en électricité a été interrompu plusieurs mois, rendant la distribution de nourriture problématique. Pendant cette période, nous avons fait parvenir à Nada, par l’intermédiaire de canaux parallèles, de l’argent pour nourrir les chiens faméliques dont le nombre ne cessait de croître dans les rues de Belgrade. Les abris contre les bombes étant interdits aux chiens, ceux-ci terrorisés s’enfuyaient et ne retrouvaient jamais leurs maîtres. Vingt mille chiens ont ainsi disparu.
La plaque d'entrée du refuge d'Avala...
Une fois la guerre terminée, nous pensions que peu à peu les structures mises en place auparavant allaient nous aider à progresser dans nos projets. Malheureusement, les dégâts étaient beaucoup plus profonds –dégâts tout autant matériels que psychiques- et la situation ne cessait de se dégrader malgré le soutien -financier et moral- que nous avons alors essayé d’apporter. Des éléments positifs cependant persistaient ; notamment la stérilisation dans les rues de la capitale grâce à la ténacité du vétérinaire SRECKO (chaque semaine il anime une émission de radio sur ce thème). Le responsable de la fourrière acceptait de manière officieuse de ne plus piéger les chiens tatoués et stérilisés. Qui plus est dans certains cas, en relation avec la SPA, il stérilisait quelques animaux capturés, puis les relâchait.
En décembre 1999, nous apprenions que des chiens avaient été « oubliés » dans MAKIS, petit refuge où nous avions construit des abris en août à la périphérie de Belgrade. Une vingtaine d’entre eux ont été retrouvé morts, empoisonnés, tués par balle, ou dans des bagarres pour la survie. Nous décidions alors d’organiser le sauvetage des 40 survivants et de les rapatrier en France en vue d’adoption. 25 ont ici trouvé le confort d’un foyer et oublié les horreurs passées. Malheureusement, des milliers d’autres étaient restés là-bas, affamés, traqués, blessés –mais avec une telle envie de vivre... Il serait évidemment illusoire de penser les ramener en France ; il faut apporter des solutions sur place pour qu’un jour la SPA serbe puisse gérer elle-même la situation.
En attendant de pouvoir reprendre les contacts officiels avec les autorités (la scène politique et sociale est encore trop instable en Yougoslavie) nous devions intensifier notre action dans les trois directions déjà citées.
Pour y parvenir nous avons acheté un petit terrain habitable autour de Belgrade pour y implanter un centre de convalescence post-stérilisation. Avant cela, faute de place, les animaux opérés étaient remis rapidement à la rue et n’ont pas toujours les soins nécessaires.
Novembre 2004 : un voyage parmi d'autres... (par Patrick Sacco)A Nao, Wolf et tous les autres,
Les réfugiés yougos, arrivés un jour d’été à AVALA à la recherche d’une terre d’asile dans la jungle des Balkans. A peine sortis du sevrage que déjà des mains sans conscience les avaient arrachés à leur insouciance et déposés dans des boîtes en carton devant les grilles d’OAZA derrière lesquelles des centaines d’autres avaient auparavant trouvé refuge ; parfois tout simplement jetés là en passant en voiture, comme on lance sans réfléchir un mégot ou un papier sale par la fenêtre.
Alors brutalement plongés dans l’inconnu, encore incrédules, refusant de croire que la balade en voiture pouvait se terminer ainsi, l’inquiétude grandissant, à petits pas hésitants ils longent la clôture grillagée attirés par les aboiements à l’intérieur. S’ils ont parfois la chance d’être recueillis vivants c’est qu’ils ont réussi à échapper à la mortelle courbe de bitume qui enserre l’entrée d’OAZA, ring fatal ou le gagnant –toujours le même- laisse ses victimes étendues sans vie sur le macadam. Mais ce n’est pas pour autant qu’ils sont tirés d’affaire ; d’autres ennemis, invisibles ceux là, les attendent de l’autre côté de la grille –mortels virus acharnés pour une raison qu’eux seuls connaissent à grignoter jusqu’à la dernière les cellules de leur proie, et pour y échapper il faut avoir la besace d’anticorps bien remplie.Coca, Nounours, Archie, Chocho, Gara, Chupa et tous les autres, faisaient partie de ceux là, les chanceux que le camion du retour, spécialement préparé, attendait. Vite, les dernières vérifications, les dernières hésitations sur l’itinéraire à choisir –le nord par la Hongrie ou le sud par la Croatie puis la Slovénie- pour minimiser les problèmes aux frontières-, la dernière visite du vétérinaire sous un déluge nocturne de pluie et de boue, les au revoir aux copains moins chanceux et déjà les premiers tours de roue annonciateurs d’une vie nouvelle.
Comme chaque fois, depuis maintenant 6 étés, le voyage à AVALA, orchestré minutieusement cette année encore, par Christian, « un ancien », est une aventure dont on découvre les évènements au fur et à mesure qu’ils se produisent. On s’attend au pire et on découvre le meilleur, on prévoit facile et on plonge dans la galère. Forts de ce constat, le camion du départ lourdement chargé du matériel collecté durant l’année, les documents douaniers en règle –enfin on l’espère- nous démarrons mi juillet pour Belgrade, avec à bord une nouvelle passagère, Sandrine, bien décidée à venir elle aussi au secours des chiens d’AVALA.
Le voyage cette fois se passa sans incidents, peut-être grâce à l’entrée de la Hongrie dans l’Union Européenne, peut-être grâce à la présence en cabine de Sandrine dont l’air tranquille renvoyait aux douaniers l’image rassurante du couple de touristes sur la route des vacances , ou peut-être encore grâce à l’attitude autant détachée que convaincante de Christian, qui tout en ouvrant en grand les portes du fourgon sur une caverne d’Ali Baba répondait à l’air étonné des fonctionnaires : camping car! mot magique qui nous servira bien d’autres fois au cours de ce voyage.
L’arrivée dans le refuge d’OAZA, après 24 h de voyage non stop est toujours un moment intense qu’on attend avec impatience et qu’en même temps en appréhende tant l’imminence de la réponse à toutes les questions que l’on se pose durant l’année nous plonge dans la plus grande inquiétude. Va-t-on retrouver les mêmes que l’an passé ? Dans quel état ? Combien de nouveaux arrivés ? Y a-t-il assez de nourriture ? Quels problèmes va t-on découvrir ?
A peine posé le pied à terre que l’accueil enthousiaste ne se fait pas attendre ; la meute montante des chiens nous envahit ; nous n’avons pas assez de mains pour répondre à toutes les demandes de caresses. Quelques figures familières à qui on avait plus pensé nous rassurent : elles sont toujours là, en bonne santé, et semblent heureuses ; d’autres nous inquiètent par leur absence. On apprend un peu plus tard qu’ils n’ont pas survécu à une maladie. Emotion très forte ou tristesse et bonheur alternent au fur et à mesure des rencontres, des regards, lors de la descente vers la maison où nous accueillent DARA, MILE, NESHA ainsi qu'une multitude d’autres chiens qui grouillent tout autour –grappes vivantes qui s’accrochent à la chaleur humaine que nous dégageons.
La véranda, complètement terminée depuis peu double la surface habitable de la maison et est déjà bien envahie ; les plus fragiles, les plus vieux, les malades, les chiots déposés au portail, cohabitent dans cet espace lumineux sur lequel DARA veille : sur les chiens qui naviguent, parfois querelleurs, sur la soupe qui mijote sur la cuisinière toujours en service, sur la serpillière prête à bondir de son seau sur de nouvelles déjections généreusement distribuées, sur le café « à la turque » fort à raviver un moribond, sur le téléphone, cordon ombilical souvent sollicité dont les stridulations ajoutent à la cacophonie ambiante.
La salle d’opération, séparée de la véranda par un couloir qui débouche sur l’escalier en bois montant à l’étage, est elle aussi bien envahie, mais loin pour l’instant de sa vocation initiale. Après un sérieux nettoyage et une organisation de l’espace plus rationnelle elle sera utilisée par Sandrine durant notre séjour, comme infirmerie et accueillera une douzaine de chiens malades ou en soins post-opératoires, qui feront d’ailleurs le voyage du retour avec nous.
Notre programme de travail pour cet été, prévu de longue date peut enfin se mettre en place, ou presque, car un nouveau problème survenu depuis peu nous oblige à modifier nos plans. L’ancienne citerne, présente lors de l’achat du terrain, enterrée 8 m sous terre fuit et nous perdons chaque jour de précieux m3 d’eau. Nous devons être ravitaillés quotidiennement par le biais d’un réservoir attelé à un archaïque tracteur qui déverse ses 10 m3 d’eau au plus grand profit de son propriétaire pour qui cette fuite est une manne providentielle. L’eau coûte très cher dans ce secteur et nous décidons puisque la citerne n’est pas réparable d’en construire une autre à l’entrée du refuge, plus grande, et surtout plus facile d’accès ; le tracteur n’ayant plus besoin alors de se frayer un chemin à travers la meute de chiens.
Le travail nous prendra la totalité du séjour, dans des conditions extrêmement difficiles –habituelles pour la Serbie- mais accentuées encore par des coulées de pluie et de boue qui dureront une semaine entière, engloutissant non seulement la dalle de béton, mais aussi une partie de l’argent prévu pour la construction de nouveaux abris et la clôture du terrain acheté l’an passé.
A la fatigue physique, s’ajoute la tension due à la crainte de ne pouvoir terminer avant le départ. Même en étirant au maximum les journées jusqu’en début de nuit, il faut se rendre à l’évidence : nous devons revoir à la baisse nos ambitions et différer à notre plus grand désespoir les travaux prévus malgré l’urgence qu’il y a à construire des abris pour la cinquantaine de chiens qui en sont dépourvus.
Retour de Serbie, dans le camion qui ramène
les chiots en France
Lorsque nous descendons la nuit tombée, donner les derniers soins aux convalescents de l’infirmerie, nous croisons des dizaines de chiens frissonnant sous la pluie à la recherche du moindre abri : une butte de terre fraîchement retournée, le tronc d’un arbre, une amorce de souterrain, une tôle inclinée contre un mur. Juste quelques caresses en guise de réconfort et lorsque pour la dernière fois de la journée, épuisés, nous empruntons le chemin glaiseux du retour, nous emmenons, collée à nos bottes toute l’amertume de notre impuissance à améliorer leur sort.
Si comme cela arrive souvent, en haut du chemin, un carton de chiots déposé rapidement en notre absence nous attend, notre amertume se transforme en colère muette, en haine envers cette partie de l’humanité irresponsable, stupide, étriquée et minable pour qui « l’autre » n’est rien de plus qu’un paquet qu’on peut jeter quand il gêne. Une poussée d’adrénaline nous envahit alors et faute de pouvoir la jeter à la face de ce monstre anonyme nous utilisons cette énergie nouvelle pour venir en aide à ces bouches braillardes et affamées. La journée s’achève donc souvent au milieu de la nuit, avec le moral au plus bas, et les réveils matinaux s’en trouvent encore plus problématiques.Heureusement certains matins viennent parfois adoucir les cauchemars de la veille en amenant avec eux des moments de bonheur : un chiot laissé agonisant la veille au soir qui nous accueille par de joyeux aboiements, un autre qui quitte le refuge dans les bras d’un adoptant avenant, une arrivée d’argent providentielle qui nous laisse entrevoir de nouveau l’espoir des abris indispensables.
Le moment du départ se rapproche à toute vitesse et nous devons donc organiser la continuité des travaux qui se dérouleront sous la responsabilité de Nesha, nouvellement embauché pour gérer le refuge et qui a su montrer pendant notre séjour ses qualités d’homme orchestre –qualités indispensables pour mener à bien une entreprise comme celle-ci où chaque jour amène son lot de problèmes tant dans le cadre d’OAZA que dans celui de la campagne de stérilisation des chiens libres de Belgrade.
Un petit détour par la Roumanie, pour la visite d’un autre refuge en difficulté dans les Carpates nous plonge brutalement un siècle en arrière et nous mesurons alors la largeur du fossé qui sépare ce pays –le plus pauvre d’Europe avec un revenu moyen mensuel de 50 €– de la Serbie qui nous semblait déjà d’une pauvreté extrême. Au refuge de Tirgu Jiu tout fait défaut –pas de médicaments- le vétérinaire à 200 km, et surtout la menace d’expulsion prochaine des 250 chiens. Mais que faire face à une misère qui nous inonde !… Nous laissons aux responsables de ce lieu -2 femmes formidables débordant d’initiative, de courage et d’énergie- de quoi nourrir les chiens durant quinze jours et repartons avec dans la tête la sensation d’étrange ivresse –semblable à celle du plongeur en apnée d’être descendu encore plus profond dans cet océan de misère animale.
Mais y a-t-il un fond ?
Par P. Sacco
ET L'ETE 2005 A OAZA...